Lettre O

Lettre O
Orgue

L'orgue est un grand instrument à vent composé de nombreux tuyaux que l'ont fait résonner par l'intermédiaire de claviers, en y introduisant de l'air au moyen d'une soufflerie, comme le dit si bien mon ami Robert, le petit, celui qui est intelligent.


Le mot orgue est masculin au singulier et féminin au pluriel. C'est grâce à cette particularité qu'on peut imaginer un jour écrire cette magnifique phrase : "Cet orgue est le plus grand parmi les plus grandes". Je ne sais pas vous, mais moi ça me sauve ma journée, ce genre de choses.

L'orgue est instrument noble, digne et majestueux, surtout si l'on veut bien le comparer au triangle ou au ukulélé. C'est pourquoi on le trouve principalement dans les églises, les cathédrales, et moins souvent dans les buvettes de camping.

Je connais personnellement le fils de l'organiste de l'église du coin. Un beau matin, j'ai appris qu'il avait fait une fugue. Mais pas une fugue en boite, comme n'importe quel adolescent tentant de prouver sa rebellitude. Non : lui, sa fugue, il l'a faite en Si bémol mineur.

# Posté le samedi 22 mars 2008 05:42

Modifié le jeudi 03 avril 2008 11:05

Lettre P

Lettre P
Pessimisme

Le pessimisme est une disposition d'esprit qui consiste à toujours imaginer que les choses tourneront mal.


Le pessimiste, contrairement à ce qu'on pourrait croire, est souvent joyeux et heureusement surpris. En effet, s'attendant toujours à ce que les choses tournent "très mal", il ne peut que se réjouir quand elles ne tournent que "mal". Le pessimisme est donc une qualité, à l'évidence.

Quelques maximes pessimistes :

"Les meilleures choses ont toujours une fin. Les pires aussi, mais elle met souvent plus de temps à arriver."

"Le comble du pessimisme, c'est d'être persuadé que même le pire n'est pas certain."

# Posté le mardi 15 avril 2008 08:10

Modifié le mercredi 16 avril 2008 13:11

Lettre Q

Lettre Q
Quantique

Chant d'action de grâce relatif à la théorie des quantas, établi essentiellement entre 1922 et 1927 par les physiciens Bohr, Dirac, de Broglie, Heisenberg, Jordan, Pauli et Schrödinger, et consacré à la gloire de Dieu.


Pendant qu'on en est à parler science, permettez-moi de vous raconter la vie du véridique inventeur de la mécanique quantique.

Jean-Félicien de la Feuille de Chou est né en 1870 dans une famille de paysans, à Trifouillis-les-
bains, d'une mère trompettiste et d'un père cussionniste.
Très jeune déjà, Jean-Félicien manifeste un fort attrait pour les choses de l'esprit, préférant
par exemple méditer de longs instants sur l'heure du prochain repas qu'aller aider son père à traire les vaches. En 1875, après plusieurs années de réflexion, il prononce son premier mot :
« Maman ». Tout Freud est déjà là, en germe...
À huit ans, il lit Rousseau, sur la tranche d'un des rares livres de la bibliothèque du curé du
village ; sa vie bascule, en même temps que l'escabeau qu'il avait escaladé pour arriver aux rayons du haut.
À dix ans, ses parents l'envoient comme apprenti chez son oncle, cordonnier à Paris. L'année d'après, il est le plus jeune candidat à se présenter aux concours de la fonction publique ; il est jeté dehors par le gardien. Qu'importe, il ne se décourage pas, et retente tous les ans. Le jury du concours, ému par tant de persévérance, fini par lui accorder un diplôme, et la rente qui va avec ; Jean-Félicien a 25 ans, et une grande carrière de fonctionnaire devant lui.
Mais il sent confusément que sa voie n'est pas là, et se lance dans une carrière de polémiste, en publiant un violent pamphlet intitulé Un grand pas en avant vers l'immobilisme. Tiré à un exemplaire, il fera long feu. « La politique ne m'a pas voulu, eh bien soit, je n'en veux pas non plus », déclare-t-il à son poisson rouge, qu'il a baptisé Émile en hommage à Racine.
Il se dirige alors vers le journalisme, et couvre en 1900 le concours de pétanque du jardin des Tuileries, puis la troisième édition de la course cycliste Paris-Versailles, et termine en beauté par un reportage photographique sur la vie des escargots de Bourgogne expatriés à Paris. Son journal l'envoie à Montpellier couvrir une régate ; « Je crois bien que je m'a fait eu », écrira-t-il à Gérard, le Lama des Andes du zoo de Vincennes, son seul véritable ami.
De retour à Paris, il s'attelle à la rédaction de sa fameuse Lettre à maman, dans laquelle il ré-affirme son attachement à Paris, cette « riante bourgade de province où il fait si bon vivre, loin de l'agitation et de la superficialité de Trifouillis-les-bains ».
Puis il décide d'entamer une carrière dans le cinéma. Ce n'est qu'après plusieurs années de travail acharné qu'il se rend compte que le cinéma n'a pas encore été inventé ; brisé, il tente de se suicider par overdose de jus de carotte. Il est interné en hopital psychiatrique, après avoir essayé de s'introduire de nuit dans le palais de l'Élysée déguisé en lapin, jusqu'en 1914.
En 1915, il écrit la suite de sa Lettre à maman, où on peut lire cette magifique phrase : « Ce pique-nique est très bien organisé, dommage que des touristes étrangers tentent de nous voler nos sandwichs. Dommage aussi qu'il ait beaucoup plu. Poil au Poilu ».
Il meurt en 1916, sur la Marne, lors d'une balade en barque, d'un coup de rame sur a tête, en prononçant cette phrase lourde de sens : « Jusqu'à preuve du contraire, le ver est un animal solitaire... »

Dans tout ça, je me demande bien quand Jean-Félicien de la Feuille de Chou a pu trouver le temps d'inventer la mécanique quantique...

# Posté le mardi 29 avril 2008 10:10

Modifié le jeudi 01 mai 2008 15:34

Lettre R

Lettre R
Répétition (Comique de...)

Le comique de répétition repose - comme son nom l'indique à l'évidence - sur l'effet comique d'une répétition.

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Il paraît qu'il y a des gens que ça amuse...

# Posté le samedi 10 mai 2008 11:06

Modifié le samedi 10 mai 2008 11:58

Lettre S

Lettre S
Songe

Je n'aime rien tant que cet état de demi-sommeil où l'esprit s'évade dans des contrées lointaines et exotiques, pendant que le corps, rompu de fatigue, n'ose encore se détendre tout à fait dans la fraîcheur du soir. Le voyage est alors conscient, et l'on sait à chaque instant qu'il peut cesser, qu'il suffirait d'un souffle frais sur les pieds, ou d'un moustique posé sur la joue pour nous ramener instantanément dans le monde réel. C'est dans ces instants là que me viennent des images, des sons, des odeurs, des sensations. Dans cet état d'ouverture à la nouveauté, à l'étrange, elles restent gravées au plus profond de moi et ressortent parfois, en pleine journée.

Tout se transforme alors autour de moi : mon voisin devient un vieux vénérable d'une tribu d'Afrique, qui ne parle que par proverbes issus de la sagesse des anciens et des temps immémoriaux ; ce caniveau que je traverse d'un bond est soudain plus tumultueux qu'un fleuve en crue, charriant des arbres entiers sur ses flots furieux, emportant tout sur son passage ; tel jardin que je traverse parfois, quand j'ai le temps et l'envie pour un détour, se transforme en une impénétrable jungle, peuplée d'oiseaux multicolores, de singes hurleurs et de fauves solitaires.

Ces impressions ressurgissent parfois aussi au détour d'une page blanche. Je me jette alors à âme perdue dans ces descriptions lyriques qui vous font tant rêver (si si, on me l'a dit) : posant mes doigts sur les touches du clavier, les yeux perdus dans le vague, et les fesses sur ma chaise, je n'ai plus qu'à laisser mon esprit dicter des phrases, des strophes, des paragraphes, des vers, et à les recopier. Puis à corriger après, parce que c'est quand même pas évident d'écrire avec les yeux dans le vague. Surtout avec ce clavier où le "e" ne marche qu'une fois sur deux...


"L'Homme descend du singe", nous affirme Darwin. Ce qu'il a été bien incapable de dire, c'est que le poète, lui, descend du Songe.


Au hasard de mes déambulations, j'apprends à l'instant qu'un nommé Antoine Blondin s'est attribué cette magnifique phrase. J'hésite à l'attaquer pour plagiat...

# Posté le samedi 05 juillet 2008 15:55

Modifié le jeudi 18 décembre 2008 11:41