Lettre E

Lettre E
Eau

L'eau est un liquide incolore, inodore et sans saveur. L'eau ne peut être utilisée que pour se laver, se rafraîchir aux temps chauds, ou battre le record du monde du cent mètres papillon. Tout autre usage est déraisonnable.


Cependant, il arrive que l'eau soit utilisée comme boisson. Dans l'Antiquité, on coupait son eau avec du vin, afin de la rendre propre à la consommation. De nos jours où les sages préceptes de nos grands anciens sont le plus souvent relégués aux oubliettes, de nombreuses personnes boivent régulièrement de l'eau pure. L'aquaphile se reconnaît aisément à son teint pâle : ses joues creuses, où nulle veine ne vient apporter le sang fort de la terre, sont pâles, son nez fin est pâle, son front froid est pâle ; sa démarche quelconque est droite et sans folie ; sa discussion n'est point enflammée ; égaré par hasard dans un bar, l'aquaphile demande un verre d'eau, ou un jus de fruit exotique ; et ses opinions politiques le poussent régulièrement à croire en la démocratie. Pour tout dire, l'aquaphile ne mérite pas l'intérêt des gens normaux, et l'aquaphilie est le plus grand fléau de notre siècle, avant le féminisme et le football.

# Posté le dimanche 17 février 2008 09:24

Modifié le jeudi 03 avril 2008 07:49

Lettre F

Lettre F
Football

A l'origine, le football est un sport où deux équipes de 11 joueurs s'opposent amicalement sur un terrain herbé ; l'objectif est de réussir à faire rentrer un ballon rond dans le but de l'équipe adverse en le poussant avec les pieds, la tête, le torse, enfin - pour faire simple - avec n'importe quelle partie du corps sauf les bras.


Le football est aujourd'hui devenu le sport de combat le plus populaire au monde, devançant la boxe et la politique. Les footballeurs ne sont plus seulement des sportifs, ils sont aussi des acteurs émérites : ils tournent régulièrement de magnifiques publicités pour arrondir leurs fins de vies, mais savent surtout parfaitement imiter la douleur d'une blessure provoquée par un tacle illégal en plein dans la surface de réparation à cinq minutes de la fin du match alors qu'on est à égalité depuis plus d'une heure, ou donner l'illusion d'avoir marqué le but de la victoire de la tête alors que des millions de téléspectateurs ont parfaitement vu que le ballon a été délicatement poussé de la main. Que les mauvaises langues se taisent et reconnaissent que ça force le respect.

Dans nos sociétés modernes, se passionner pour le football est signe de bonne santé. Quand un petit garçon n'aime pas le foot, ses parents et ses proches s'inquiètent et l'emmènent voir un psychologue. S'il n'aime toujours pas le foot devenu adolescent, il aura du mal à se faire accepter par ses camarades de collège, qui le traiteront volontiers de « fillette » (ou autres, mais je n'ai légalement pas le droit de les reproduire ici). S'il ne choisit ni de se forcer à aimer le foot, ni d'abréger ses souffrances en jouant à la roulette russe avec six balles dans le barillet, il deviendra un adulte à part, ne partageant pas l'enthousiasme des foules et passant ses week-ends à lire plutôt qu'à boire de la bière devant la télé. Parfois, il ira partager un Martini avec quelques anormaux comme lui devant un bon match de rugby ou la retransmission sur une chaîne cryptée d'un match de volley. Il mourra seul et désolé, sans avoir connu l'excitation de lancer des pavés et d'insulter joyeusement les blaireaux d'en face, ceux qui sont pour Marseille, les cons...

# Posté le lundi 18 février 2008 05:41

Modifié le mercredi 30 avril 2008 07:01

Lettre G

Lettre G
Grrrrrrr

Interjection de colère contenue. Le Grrrrrrr est utilisé pour décharger un peu de l'agressivité qu'on sent monter en soi à la suite d'un événement contrariant, et ce dans le but d'éviter l'explosion généralisée. Durant la Guerre Froide, il est permis de supposer que le Grrrrrrr, utilisé à bon escient par l'un ou l'autre des protagonistes, sauva plusieurs fois le monde de sa destuction totale. On peut donc dire qu'on lui doit une fière bretelle.


Pendant trois semaines, j'ai pris le RER tous les jours, en payant à chaque fois mon trajet. Ce matin, je n'avais plus à disposition qu'un ticket à tarif réduit, auquel je ne peux prétendre avoir droit. Souhaitant tout de même rester un minimum dans la légalité, je le compostai et montai dans mon train. Alors que je n'en avais pas vu l'ombre d'une casquette pendant les trois semaines précédentes, un contrôleur vint me réclamer mon titre de transport. Je dus lui avouer que je n'avais pas la carte de réduction qu'il me demandait. Au moment de sortir ma carte bleue, j'avoue avoir laissé échappé un petit Grrrrrrr, afin d'éviter de m'en prendre au contrôleur, qui était au demeurant fort sympathique. Il eût d'ailleurs la gentillesse de faire semblant de ne l'avoir point entendu, m'évitant ainsi de comparaître pour « outrage à agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions »...

# Posté le lundi 18 février 2008 07:55

Modifié le samedi 05 juillet 2008 16:06

Lettre H

Lettre H
Hauteur

Un peu comme la largeur, mais dans l'autre sens ; attention toutefois de ne pas confondre avec la profondeur, qui est elle aussi « un peu comme la largeur mais dans l'autre sens », à cette différence près que l'autre sens dans ce cas n'est pas le même que dans le cas de la hauteur. Oui, je sais, c'est confus, mais j'aimerais vous y voir...


Dans le sens « Celui ou celle dont la profession est d'écrire des romans, des pièces de théâtre, des œuvres d'imagination en vers ou en prose » (Source : Centre National de Ressources Textuelles ou Lexicales), ce mot s'écrit sans le « h » aspiré. Ce qui est surprenant quand on sait qu'un certain nombre d'auteurs célèbres en aspiraient justement beaucoup, de H.

# Posté le mardi 19 février 2008 05:39

Modifié le jeudi 03 avril 2008 07:51

Lettre I

Lettre I
Intelligence

L'intelligence est le seul outil qui permette à l'homme de mesurer l'étendue de sa connerie : c'est pour ça que tout le monde croit en avoir assez.


Contrairement à une idée répandue, notamment chez les abrutis et les lecteurs du Monde, être intelligent n'est pas forcément un cadeau. La personne intelligente se pose des questions que l'imbécile profond ne se pose jamais ; en général, ce sont des questions qu'on ne peut résoudre, à moins d'être supérieurement intelligent. Or, être supérieurement intelligent, c'est rare, sinon ce ne serait plus « supérieur ». Comme exemples de personnes supérieurement intelligentes, on pourra citer Aristote, qui a posé les bases de la philosophie aristotélicienne (c'est du boulot) ; saint Thomas, qui a compris et expliqué Aristote (c'est pas rien) ; Greg, de Blog à voir, qui a dit :
« Moi je pense qu'on est tous égaux, sauf les racistes, parce que merde quoi »
(c'est... un mauvais exemple, oui). Être intelligent, c'est donc avoir les moyens de se poser des questions auxquelles on n'a pas les moyens de répondre. C'est donc un inconvénient. D'ailleurs, tous mes professeurs ont essayé de me prévenir ; je pouvais régulièrement lire, sur mes bulletins de notes : « Elève intelligent, peut mieux faire. C'est dommage ».
C'est pas moi qui l'ai dit...

# Posté le mercredi 20 février 2008 17:51

Modifié le samedi 05 juillet 2008 16:07